• Patrick Arbus
  • 07 Sep 2026

Et si les ceintures de couleur du judo n’étaient pas vraiment nées au Japon ? Entre Jigoro Kano, Londres et Paris, leur histoire réserve quelques surprises.



Pourquoi les ceintures du judo ont-elles des couleurs ?


Blanche.

Puis jaune, orange, verte, bleue, marron…

Et enfin noire.


Pour beaucoup d’entre nous, cette succession paraît tellement naturelle qu’on imagine volontiers qu’elle fait partie du judo depuis sa création.

Pourtant, lorsque Jigoro Kano fonde le Kodokan en 1882, le fameux arc-en-ciel de ceintures que nous connaissons aujourd’hui n’existe pas encore.


L’histoire des couleurs est plus récente.

Et, petite surprise : elle est aussi en grande partie… européenne.


Une ceinture pour fermer le judogi… mais pas seulement


À l’origine, la fonction de l’obi — la ceinture — est évidemment très pratique : maintenir le judogi fermé sans utiliser boutons, attaches métalliques ou autres éléments susceptibles de blesser le partenaire.


Mais Jigoro Kano comprend rapidement qu’elle peut aussi devenir un repère visible de progression.


En fondant le judo, Kano rompt avec les anciens systèmes d’enseignement martiaux dans lesquels les niveaux étaient notamment matérialisés par des licences ou certificats, les menkyo, parfois espacés de plusieurs années.


Pour lui, cette distance entre deux reconnaissances est trop importante. Il met donc progressivement en place le système kyū/dan, constitué d’étapes plus nombreuses permettant au pratiquant de mesurer son évolution et de conserver sa motivation.


Les kyū correspondent aux niveaux précédant la ceinture noire. Et leur fonctionnement possède une particularité qui peut sembler étrange au premier abord : plus on progresse, plus le chiffre diminue. On descend ainsi progressivement vers le 1er kyū.


Puis tout s’inverse. Une fois atteint le shodan, le premier dan, les degrés commencent à monter : deuxième dan, troisième dan, quatrième dan…

Une nouvelle échelle commence.


Au commencement, beaucoup moins de couleurs


Le système développé au Japon est alors beaucoup plus sobre que celui que nous connaissons aujourd’hui.


Au début du XXe siècle, les grades kyū des adultes sont essentiellement distingués par des ceintures blanches et marron, tandis que les détenteurs de dan portent la ceinture noire.


Le principe essentiel est déjà là : la ceinture rend visible une étape dans le parcours.

Mais pas encore besoin de jaune, d’orange, de vert ou de bleu. Ces couleurs vont apparaître ailleurs.


Quand l’Europe met de la couleur dans le judo