• Patrick Arbus
  • 02 Sep 2026

Depuis les débuts au Shung Do Kwan jusqu’à aujourd’hui, l’Aïkido raconte près de 70 ans de pratique, de rencontres et surtout de transmission.

L’histoire de l’Aïkido au Shung Do Kwan ne se résume pas à une succession de cours, de grades ou de techniques. Elle raconte avant tout une histoire de transmission : celle d’un enseignement reçu, travaillé pendant des années, enrichi par les rencontres, puis transmis à son tour à de nouvelles générations de pratiquants.


Une histoire dont les premières pages s’écrivent au SDK il y a près de 70 ans...


1957 : l’Aïkido fait son entrée au Shung Do Kwan


En 1957, le Shung Do Kwan décide d’élargir les disciplines enseignées au club. Sous l’impulsion de Mitsuhiro Kondô Sensei, plusieurs démonstrations publiques sont organisées au dojo de la rue Liotard. 


Hiroo Mochizuki et Jim Alcheik viennent alors présenter aux Genevois des arts martiaux encore largement méconnus en Europe : le Karaté, le Kendo et l’Aïkido. Cette première forme d’Aïkido pratiquée au SDK est liée à l’école Yoseikan de la famille Mochizuki.


La discipline va ensuite évoluer avec le club jusqu’à une étape déterminante en 1975. Avec la création officielle du Yoseikan Budo, les pratiquants se séparent en deux groupes : certains poursuivent dans cette nouvelle voie tandis que d’autres souhaitent continuer à pratiquer l’Aïkido dans la lignée de Morihei Ueshiba et de l’Aïkikaï.


C’est précisément à ce moment qu’un certain Gildo Mezzo revient du Japon.


Tout quitter pour partir au Japon


Le parcours de Gildo donne presque à lui seul la mesure de ce que pouvait représenter l’apprentissage des arts martiaux à cette époque. Après plusieurs années de pratique à Genève, il prend en 1970 une décision radicale. Comme il le racontera lui-même plusieurs décennies plus tard :


« J’ai décidé de tout lâcher ici et de partir au Japon, pour l’aïkido. »


Il part sans véritablement savoir combien de temps durera l’expérience. Elle durera finalement 5 ans. (lire l'interview de Gildo)


Au Japon, Gildo pratique principalement au Hombu Dojo de Tokyo, où il côtoie notamment Saotome, Yamaguchi, Tohei et Kisshomaru Ueshiba, tout en rencontrant d’autres Européens venus, comme lui, chercher l’Aïkido à sa source, parmi lesquels Christian Tissier et Frank Noël. Lorsqu’il revient à Genève en 1975, le SDK cherche justement quelqu’un pour reprendre et développer une section consacrée à l’Aïkido Ueshiba.


Gildo accepte.


Les débuts sont modestes : quelques pratiquants et un seul entraînement hebdomadaire. Mais, année après année, la section se développe. De nouveaux élèves arrivent, les cours se multiplient et certains de ceux qui étaient venus apprendre deviennent progressivement des pratiquants avancés, puis des enseignants.


La transmission est en marche.


1987 : une première génération prend son envol


Une archive du club illustre particulièrement bien cette progression. Le 7 février 1987, 4 pratiquants de la section se rendent à Zurich pour leur passage de premier dan : Francis Chapuis, Flavio Forlin, Marcel Girardin et Marco Jaccoud.


Tous les 4 réussissent.


Le bulletin Contact de l’époque souligne même avec une certaine fierté le « 100% » de réussite des candidats, après plusieurs années de travail et des cours préparatoires dirigés par Gildo. Mais l’intérêt de cette anecdote dépasse largement le résultat d’un examen.


Ces élèves constituent une génération qui, à son tour, va participer à la vie et à la transmission de l’Aïkido. Francis Chapuis, par exemple, s’entraînera pendant plus de 20 ans au SDK avant de devenir enseignant à Meyrin. En 2019, le club saluera l’obtention de son 6e dan.


D’élève à enseignant : la chaîne continue.


Une section qui regarde au-delà de Genève


Très tôt, l’Aïkido du SDK ne se limite pas aux murs du dojo de Liotard. Gildo entretient les relations nouées au Japon et multiplie les rencontres avec des enseignants internationaux. Le club bénéficie ainsi, au fil des années, des échanges avec de nombreuses personnalités de l’Aïkido.


Mais la transmission fonctionne aussi dans l’autre sens : l’enseignement développé à Genève commence à voyager. À partir de 1992, Gildo se rend notamment régulièrement en République tchèque pour y diriger des stages. À la fin de l’année 2015, la Fédération tchèque d’Aïkido recensait déjà 24 séjours de Gildo dans le pays.


Il était souvent accompagné de trois à cinq yudansha - pratiquants titulaires d’un grade dan - du Shung Do Kwan.


Cette précision est particulièrement révélatrice: il ne s’agit plus simplement d’un professeur genevois invité à l’étranger. Ce sont désormais des pratiquants formés au SDK qui l’accompagnent et participent eux aussi à ces échanges.


Et ces liens dureront. En juin 2023 encore, le Sekai Dojo de Prague consacrait un stage et une galerie photographique (2023-06 Gildo Mezzo - Praha) à la venue de Gildo Mezzo.




2000 : 25 ans de section… et quelques souvenirs


En 2000, la section célèbre ses 25 ans.


Et les archives du Contact montrent quelque chose que les historiques officiels racontent rarement: derrière les grades et les stages se trouve aussi une véritable vie de groupe. Pour l’occasion, les pratiquants se retrouvent le temps d’un week-end. On y pratique bien évidemment, notamment au bokken en extérieur, mais on partage aussi les repas, les activités et la soirée.


Les archives de ce week-end anniversaire montrent même Gildo, guitare à la main, partageant un moment musical avec plusieurs membres de la section après les entraînements.


Lors de ce même anniversaire, le Comité du SDK distingue Gildo Mezzo et Francis Chapuis en les nommant Membres d’Honneur du Shung Do Kwan Budo, en reconnaissance de leur investissement et de leur contribution au rayonnement de la section au-delà des frontières suisses.


Cette anecdote dit peut-être autant de choses sur une section que les résultats d’examens : pendant 25 ans, autour de l’Aïkido s’est aussi construite une communauté.


40 ans d’enseignement et un 7e dan


En janvier 2015 intervient un autre moment symbolique.


À l’occasion du Kagami Biraki, le Hombu Dojo attribue à Gildo Mezzo le 7e dan Aïkikaï. Il enseigne alors l’Aïkido au Shung Do Kwan depuis quarante ans. 


Dans l’annonce publiée à l’époque, le club souligne notamment la clarté et la rigueur de son enseignement ainsi que le niveau d’Aïkido qu’il a donné à voir et à pratiquer à ses élèves. 40 se sont écoulées depuis le retour du Japon et ce premier cours hebdomadaire donné à une poignée de pratiquants.


Entre-temps, plusieurs générations sont passées sur les tatamis.


Recevoir, pratiquer, transmettre


Cette histoire rejoint finalement quelque chose de profondément inscrit dans la culture même du Shung Do Kwan. Lorsque l’on débute un art martial, on reçoit beaucoup. Une technique, une posture, un déplacement, une manière de travailler avec son partenaire. Mais aussi, progressivement, une façon d’observer, de chercher et de remettre son travail en question.


Puis vient la répétition.


Les gestes s’affinent. La compréhension évolue. Celui qui débutait quelques années auparavant devient capable d’accompagner les nouveaux arrivants. Certains deviennent à leur tour ceintures noires, puis enseignants.


La transmission n’est donc pas la simple reproduction à l’identique de ce que l’on a appris. Chaque génération reçoit un héritage, le travaille et porte ensuite la responsabilité de le faire vivre.


Une histoire qui continue


La disparition de Gildo Mezzo, le 1er juillet 2026, donne naturellement aujourd’hui une dimension particulière à ce récit.


Pendant plus d’un demi-siècle, il aura occupé une place essentielle dans l’histoire de l’Aïkido au Shung Do Kwan. Le club lui a rendu hommage en évoquant sa précision, sa rigueur, sa recherche constante et sa volonté de transmettre avec patience et ouverture d’esprit.


Mais une histoire de transmission ne s’arrête précisément pas avec celui qui a enseigné. Elle continue dans les pratiquants qu’il a formés, dans ceux qu’ils ont eux-mêmes accompagnés, dans les habitudes de travail transmises sur les tatamis et dans les nouveaux élèves qui découvrent aujourd’hui la discipline sans nécessairement connaître encore toute l’histoire qui les précède.


Avec l’accord de Gildo avant sa disparition, Georges Morisod, 6e dan et Luc Girardin, 4e dan d’Aikido sont désormais les professeurs de la section Aïkido et dispensent les cours en continuité avec l’enseignement prodigué par Gildo. Par ailleurs Jean-Michel Kaliszewski, 3e dan d’Aïkido, est désormais le professeur de la section Kenjutsu, également avec l’accord de Gildo, et assure les contacts internationaux avec le Shiseikan et l’ISBA.


La synergie entre les 2 sections et les points de convergence Budo entre les pratiques de l’Aïkido et celle du Kenjutsu sont maintenus par cette équipe de professeurs et par les pratiquants anciens ou nouveaux.


Des premières démonstrations de 1957 aux entraînements d’aujourd’hui, près de 70 années se sont écoulées. Et peut-être est-ce finalement cela, la transmission : recevoir un enseignement, le faire sien, puis permettre à quelqu’un d’autre de poursuivre le chemin.


Sources & photos :

- Contact Avril 1987 - Zürich - 7 février 1987 (ref)

- Contact - automne 2000 - 25 ans de la section Aïkido (ref)

- Stage ACSA à Gland - 16 avril 2016 (ref)

- Entretien avec Gildo Mezzo - Aikido journal 2009 (ref)

- Prague - Stage avec Gild Mezzo - Juin 2023 (ref)

- Aikikai (ref)

- Une 6e Dan pour Francis Chapuis (ref)



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