Shodo


Histoire de l'Art Martial

Introduite au Japon par les Chinois dans le sillage du bouddhisme, la calligraphie y est devenue un art à part entière. A Nara, ancienne capitale impériale, située au sud de Kyoto, la famille de Matsui Dochin fabrique depuis plus de quatre siècles l’encre traditionnelle sumi.

Au centre, le vieux Nara se serre en une grille de ruelles étroites et piétonnes, où disparaissent les néons et les étages multiples. Là, dans ce condensé de pâtés de maisons où la vie s’écoule au rythme d’hier, filent les seuls vélos et des passants pressés, que le froid de l’hiver nippon assaille. Prestigieuse capitale de l’an 710 à l’an 784, Nara n’a jamais coupé le cordon des traditions. A deux pas de la pagode à cinq étages du temple de Kofukuji, la deuxième plus grande du pays (culminant à 51 m), la compagnie Kobaien entretient, de père en fils, un savoir-faire remontant à la lointaine époque impériale: la fabrication du sumi, l'encre japonaise, utilisée depuis VIIe siècle pour la calligraphie et l'écriture des sutras.

Au-dessus de la porte, qu’aucun numéro n’indique, le 29 décembre, un ornement a été posé, de paille, de cordes et de papier, pour assurer l’année entière la purification des lieux — et prier, par la même occasion, pour que le feu soit toujours de bonne qualité. Le métier est ici une évidence, un art de vivre, hérité de seize générations d’artisans, depuis la fondation de la fabrique Kobaien, cinq siècles en arrière. Après une courbette polie, l’air soucieuse, la maîtresse de maison nous entraîne, sur la pointe des pieds, à la découverte du cœur de l’entreprise. Tout commence par la salle de combustion, grande comme un mouchoir de poche, où brûlent en continu des lampes alimentées à l’huile de sésame. Les murs, le sol, sont couverts de suie, que l’on récolte patiemment, dans un seau bien noir lui aussi. Dans un autre atelier, la poudre est mêlée à de la colle — que l’on ne fait que d’une manière et pas n’importe laquelle, à base de peau, d’os et d’intestins de vache, tout juste parfumés de camphre pour le plaisir du nez.

L’étape suivante concerne Monsieur Okabe. Plus de vingt ans de métier, à travailler avec les pieds la pâte onctueuse couleur de jais, roulée en petits cylindres, puis glissée dans les moules. Les apprentis ne se pressent guère, le sens du travail bien fait se perd. Mais, comment les attirer, les passionner, lorsqu’il faut cinq ans au moins, pour bien rouler du pied, de simples boudins satinés? Poli, derrière ses lunettes aux verres épais, Mr Okabe ne cesse, d’un geste parfait, de projeter dans un ordre depuis si longtemps établi, ses quatre membres noirs comme la nuit.

Une autre pièce, une autre procédure: glissées délicatement sous la cendre, de bois de chêne exclusivement, les barrettes de sumi, molles encore, laissent s’échapper jour après jour leur humidité. Une opération en apparence simple, qui ne l’est pas en fait: il faut bien, ne vous y trompez pas, quatre ou cinq ans là encore, pour savoir doser et manipuler. Trois semaines à l’étouffée, et le sumi déménage, pour être pendu, sans autre forme de procès, en guirlandes accrochées à des claies. Un temps idoine et le tour est joué, dans une pièce en bois scellée par précaution — le vent pourrait, sait-on jamais, charrier quelque poussière, des grains de matière que le peintre appliqué ferait saigner sur le papier.

La visite s’achève dans la boutique où s’alignent, sur des présentoirs de luxe, la production maison: le sumi, poli puis décoré au pinceau, et même à la feuille d’or, atteint ici le prix de l’or en barre. Les plus gros, les plus beaux, 100 g tout au plus, qu’ornent des grues du Japon ou des dragons menaçants, ne se vendent pas, croyez-le bien, au-dessous de 1000 CHF… Mais nul ne peut en douter: le sumi de Nara, le plus réputé, et celui des Kobaien en particulier, n’a pas son égal pour encrer le papier.

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